21.3.19

Prologue 1/2


Il est là, dissimulé derrière la trousse de toilette. La couverture brillante rouge carmin dépasse légèrement. Elle peine à y croire.
Ce petit carnet rouge, elle le lui a remis il y a quelques semaines seulement. Matérialisation d'une discussion sur la liste de ses envies coquines, elle s'était appliquée à le remplir en pensant au chemin parcouru -ce chemin de traverse emprunté par hasard et qui lui avait révélé cette autre qui était en elle - et à tous ces plaisirs, ces jeux qui s'offraient encore nouveaux.  Elle avait rempli ce carnet en pensant aussi à lui à qui elle confiait ses secrets les plus intimes, ses envies les plus profondes, toute sa confiance parce qu'elle avait cru qu'il parcourait ce chemin à ses côtés, qu'il lui ouvrirait la voie et partagerait ses découvertes.
Mais le carnet est là. Il le lui rendait au terme d'un week-end dont elle avait justement pensé qu'il pouvait être un commencement plutôt qu'une fin.
Elle a quitté la salle de bains sans toucher à rien. Dans la grande cuisine baignée de soleil de cette belle maison de maître qu'elle avait louée, elle repasse le film de ces deux journées en buvant un café déjà refroidi, cherchant des indices qui auraient pu lui échapper.
Tout s'était pourtant bien passé. Elle était arrivée la première dimanche dans l'après-midi, avait pris le temps d'explorer chaque recoin de cette grande maison à la façade terre de sienne trônant au bout d'une allée majestueuse. Elle savait qu'elle aurait le temps de s'installer, de prendre possession des lieux et de s'apprêter pour lui d'abord, et leur invité du soir ensuite.
Elle avait emporté une partie de son impressionnante collection de dessous. Du rouge, du noir. Dentelle, voile et soie. Tangas, body, guêpière et corset. Elle savait ce qu'il préférait mais voulait se sentir à l'aise.
Il était arrivé en fin d'après midi, souriant, en apparence heureux de l'y retrouver. Elle aimait chacune de ces retrouvailles, ses lèvres qui se posaient sur les siennes. Elle aimait le regarder. Ses épaules larges, ses jambes longues, sa peau lisse, ses mains si grandes. Elle aimait cette façon qu'il avait de marcher en courbant légèrement sa longue silhouette. Elle le redécouvrait chaque fois avec le même enchantement que lorsqu'ils avaient faits connaissance plusieurs mois auparavant dans cette chambre d'hôtel. Avec le même plaisir et sans la gêne qui l'avait envahie au tout début.
Elle aimait la spontanéité du désir qui la gagnait lorsqu'elle le voyait. Et elle s'étonnait toujours du sien, y puisant chaque fois davantage de confiance en elle.
Il ne leur avait pas fallu beaucoup de temps pour y succomber tous les deux. Elle l'avait regardé remplir le frigo avant de se changer. Il affichait sans pudeur ce désir partagé et elle était impatiente d'y goûter. Elle n'avait jamais aimé lécher, sucer, happer un sexe autant que le sien, le sentir palpiter sur sa langue, jouer avec son gland. Il n'était pas question pour elle de préliminaires ; ce moment aurait pu se suffire à lui seul, ce jour là et tous les autres, si elle n'avait pas été transportée à ce point à chaque fois qu'il prenait possession d'elle. comme si leurs sexes avaient été conçus par le même créateur pour un plaisir sur mesure.
Elle brûlait de l'attendre, chatte en fusion, dégoulinante et suppliante. Il l'avait pris en levrette sur l'immense canapé de cuir du salon, saisissant l'appareil photo qu'elle avait déposé sur la table pour la photographier, impudique et offerte. "Ton cul est un pousse au crime". Elle s'était laissée submerger par les vagues de plaisir qui lui cisaillaient le ventre et la laissaient le sourire aux lèvres. Il ne leur restait plus alors longtemps avant que leur invité n'arrive.
Est-ce que c'est ensuite que les choses se sont gâtées ? Elle range la cuisine machinalement. Dans une heure, elle devra rendre les clés. Avant de fermer la poubelle, elle y jette le carnet rouge, les larmes aux yeux.



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