3.4.19

Prologue 2/3


"Concentre toi". Il est l'heure pour elle de rassembler ses affaires et de fermer son sac. Ces deux jours de vacances, juste pour elle, attendus depuis 10 ans, s'achèvent. Elle va devoir prendre la route au bout de laquelle l'attend un quotidien qui lui pèse de plus en plus. Un espace étriqué qui laisse peu de place à la fantaisie et qui s'organise autour des autres : sa mère handicapée, son fils sans papa, son job qui ne l'épanouit pas. Un espace où elle s'oublie pour n'être que fille, mère et manager.
La fenêtre se referme donc et ce carnet rouge abandonné à la poubelle lui laisse peu d'espoir de la voir s'ouvrir à nouveau. Contre toute attente.
Elle essaie d'ordonner ses pensées en même temps que ses effets. Avait-il prévu de lui rendre son carnet avant même de venir ? S'est-il passé quelque chose durant ces deux jours qui l'a convaincu de le faire ?
Après leurs ébats sur le canapé en cuir du salon, ils avaient eu le temps de prendre une douche chacun. Puis il avait filé en cuisine commencer la préparation du colombo qu'ils dégusteraient le lendemain.
"Faisons une battle culinaire", lui avait-elle proposé en organisant ce week-end. Soirée plats régionaux vs soirée antillaise. Elle allait ouvrir les hostilités, mais son menu à elle était prêt. Elle était restée en cuisine samedi pour n'avoir à s'occuper que d'elle-même une fois arrivée et jeter un oeil espion sur les recettes familiales de son complice guadeloupéen. Prête à recevoir leur invité, elle l'avait regardé faire, volant une photo de lui, son dos musclé et nu. Concentré et minutieux il ne s'était aperçu de rien. Ni de la photo ni de l'agitation qui commençait à la gagner.
- Il a dit qu'il arrivait à quelle heure ?
Il c'était Jo, leur invité. Un autre antillais. Son confident depuis le tout début de cette aventure. Elle lui avait confié ses surprises, son étonnement, ses craintes... Il l'avait regardé évoluer, recherchant désormais ce qui lui faisait presque dégoût au début. L'oie blanche était devenu cochonne, un mot que Jo affectionnait tout particulièrement. La cochonne symbolisait à ses yeux la libertine, la femme décomplexée et assumée.
Jo, c'était le premier nom qu'elle avait mentionné lorsqu'il lui avait demandé, quelques semaines plus tôt : "Veux-tu que nous invitions quelqu'un ?" Jo et Lulu, qu'il lui semblait connaître depuis toujours et qu'elle n'avait pas réussi à rencontrer depuis tout ce temps.
Il devait s'occuper de les contacter et d'organiser avec eux des rendez-vous. L'idée lui plaisait beaucoup à elle. Ne pas savoir à quelle sauce elle allait être croquée l'excitait même vraiment. Mais l'arrivée de Jo l'angoissait plus encore depuis qu'elle savait qu'ils se connaissaient bien tous les deux. Une surprise pour tout le monde.
Anciens collègues et complices de virées nocturnes en clubs libertins, ces deux là allaient se retrouver ce soir après 10 années sans nouvelles. Elle qui n'avait expérimenté la pluralité qu'avec des inconnus s'interrogeait sur la manière dont allait pouvoir fonctionner ce trio à la complicité triangulaire, avec une certaine fébrilité. Mais la perspective de ces retrouvailles masculines l'enchantait tellement qu'elle s'amusa même de possibles dialogues en créole entre ses hommes du soir et de la seule phrase qu'elle saurait leur dire. Koke mwen doudou... koke mwen...
Lorsque Jo finit par arriver, ses angoisses s'envolèrent devant un sourire qu'elle n'avait pas soupçonné. Naturellement ils s'embrassèrent sur la bouche et les anciens amis se congratulèrent en créole. L'apéritif et le dîner s'étaient éternisés en retrouvailles et elle piaffait devant le rhum de la soirée. Elle avait fini par se rapprocher de Jo tout en jetant un oeil aux allées et venues de son complice.
- "Ne t'occupe pas de moi, Je suis là".
Jo et elle s'étaient embrassés, caressés, interrompus par un coup de téléphone du fils de Jo qui allait écourter la soirée. Mais, à quatre pattes sur le canapé, elle avait dégrafé le pantalon de leur hôte et s'était saisie à pleine bouche de sa queue qu'elle sentait durcir dans sa bouche. Une position qui les avait rassemblés tous les trois. Sa robe lui avait été ôtée sans qu'elle s'en rende compte et son body dégraphé offrait sa croupe à son complice qui ne tarda pas à y faire glisser ses doigts et à y enfoncer rapidement son dard raide avec vigueur.Se sentir ainsi possédée par lui, lui provoquait toujours la même sensation : elle entendait déjà les vagues qui allaient arriver et la submerger les unes après les autres. Lorsqu'il la retourna pour la mettre sur le dos, ce fut meilleur encore : plus un seul millimètre n'échappait à ces assauts de plaisir. Chaque fois qu'elle parvenait à ouvrir les yeux elle les voyait tous les deux, concentrés sur son plaisir à elle.



21.3.19

Prologue 1/3


Il est là, dissimulé derrière la trousse de toilette. La couverture brillante rouge carmin dépasse légèrement. Elle peine à y croire.
Ce petit carnet rouge, elle le lui a remis il y a quelques semaines seulement. Matérialisation d'une discussion sur la liste de ses envies coquines, elle s'était appliquée à le remplir en pensant au chemin parcouru -ce chemin de traverse emprunté par hasard et qui lui avait révélé cette autre qui était en elle - et à tous ces plaisirs, ces jeux qui s'offraient encore nouveaux.  Elle avait rempli ce carnet en pensant aussi à lui à qui elle confiait ses secrets les plus intimes, ses envies les plus profondes, toute sa confiance parce qu'elle avait cru qu'il parcourait ce chemin à ses côtés, qu'il lui ouvrirait la voie et partagerait ses découvertes.
Mais le carnet est là. Il le lui rendait au terme d'un week-end dont elle avait justement pensé qu'il pouvait être un commencement plutôt qu'une fin.
Elle a quitté la salle de bains sans toucher à rien. Dans la grande cuisine baignée de soleil de cette belle maison de maître qu'elle avait louée, elle repasse le film de ces deux journées en buvant un café déjà refroidi, cherchant des indices qui auraient pu lui échapper.
Tout s'était pourtant bien passé. Elle était arrivée la première dimanche dans l'après-midi, avait pris le temps d'explorer chaque recoin de cette grande maison à la façade terre de sienne trônant au bout d'une allée majestueuse. Elle savait qu'elle aurait le temps de s'installer, de prendre possession des lieux et de s'apprêter pour lui d'abord, et leur invité du soir ensuite.
Elle avait emporté une partie de son impressionnante collection de dessous. Du rouge, du noir. Dentelle, voile et soie. Tangas, body, guêpière et corset. Elle savait ce qu'il préférait mais voulait se sentir à l'aise.
Il était arrivé en fin d'après midi, souriant, en apparence heureux de l'y retrouver. Elle aimait chacune de ces retrouvailles, ses lèvres qui se posaient sur les siennes. Elle aimait le regarder. Ses épaules larges, ses jambes longues, sa peau lisse, ses mains si grandes. Elle aimait cette façon qu'il avait de marcher en courbant légèrement sa longue silhouette. Elle le redécouvrait chaque fois avec le même enchantement que lorsqu'ils avaient faits connaissance plusieurs mois auparavant dans cette chambre d'hôtel. Avec le même plaisir et sans la gêne qui l'avait envahie au tout début.
Elle aimait la spontanéité du désir qui la gagnait lorsqu'elle le voyait. Et elle s'étonnait toujours du sien, y puisant chaque fois davantage de confiance en elle.
Il ne leur avait pas fallu beaucoup de temps pour y succomber tous les deux. Elle l'avait regardé remplir le frigo avant de se changer. Il affichait sans pudeur ce désir partagé et elle était impatiente d'y goûter. Elle n'avait jamais aimé lécher, sucer, happer un sexe autant que le sien, le sentir palpiter sur sa langue, jouer avec son gland. Il n'était pas question pour elle de préliminaires ; ce moment aurait pu se suffire à lui seul, ce jour là et tous les autres, si elle n'avait pas été transportée à ce point à chaque fois qu'il prenait possession d'elle. comme si leurs sexes avaient été conçus par le même créateur pour un plaisir sur mesure.
Elle brûlait de l'attendre, chatte en fusion, dégoulinante et suppliante. Il l'avait pris en levrette sur l'immense canapé de cuir du salon, saisissant l'appareil photo qu'elle avait déposé sur la table pour la photographier, impudique et offerte. "Ton cul est un pousse au crime". Elle s'était laissée submerger par les vagues de plaisir qui lui cisaillaient le ventre et la laissaient le sourire aux lèvres. Il ne leur restait plus alors longtemps avant que leur invité n'arrive.
Est-ce que c'est ensuite que les choses se sont gâtées ? Elle range la cuisine machinalement. Dans une heure, elle devra rendre les clés. Avant de fermer la poubelle, elle y jette le carnet rouge, les larmes aux yeux.



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